Des évaluations pour mesurer et améliorer l'impact du commerce équitable

1,66 million de producteurs et travailleurs, unis au sein de 1 599 organisations certifiées dans 75 pays, bénéficient du commerce équitable Fairtrade/Max Havelaar. Pour mesurer l'impact concret de ce modèle d'économie éthique et responsable, un suivi et des évaluations régulières sont menés au sein des coopératives et plantations concernées.

Ces études d'impact montrent que le commerce équitable améliore effectivement les conditions de vie des communautés et leur donne des outils pour initier un véritable développement durable. Elles permettent également au mouvement Fairtrade/Max Havelaar d'améliorer constamment son modèle en identifiant des leviers de progression.

 

1. Quels sont les avantages du commerce équitable attestés par les études d'impact ? 

Avec le label bio, Fairtrade/Max Havelaar est le label de développement durable le plus largement étudié dans le cadre d'études scientifiques (les plus récentes peuvent être téléchargées sur fairtrade.net). Celles-ci démontrent les effets positifs du commerce équitable Fairtrade/Max Havelaar sur la vie des producteurs et travailleurs, mais aussi sur le développement des zones rurales qui comptent une forte présence d'organisations certifiées

  • Bénéfices économiques
    • Grâce au prix minimum garanti, les productrices et producteurs disposent de revenus plus élevés et plus stables.
    • Ils peuvent épargner davantage et donc investir dans la productivité et la qualité des produits, ce qui améliore encore leurs revenus. Un cercle vertueux se met en place.
    • La prime de développement, qui peut être investie dans des infrastructures communes, de production et transformation (auxquelles tous les producteurs de la coopérative ont accès), permet d'optimiser les rendements et coûts de production, et d’augmenter la qualité et donc la valeur ajoutée pour les producteurs, renforçant le cercle vertueux.
    • Les producteurs recoivent des formations variées du mouvement Fairtrade/Max Havelaar qui leur apportent de nouveaux savoir-faire. 
  • Bénéfices sociaux
    • Le commerce équitable implique le regroupement des producteurs en coopératives démocratiques qui leur donnent un véritable poids dans les négociations face aux acheteurs dans un contexte de marché libéralisé. Dans les régions où le modèle du commerce équitable est très développé, il arrive que les prix équitables s'imposent même aux partenaires commerciaux qui ne sont pas engagés dans la démarche. 
    • Dans les grandes plantations, la certification assure aux travailleurs salariés de meilleures conditions de travail et l'existence de contrats en bonne et due forme, ainsi que la liberté de se réunir, de se syndiquer et de choisir ensemble les modalités d'utilisation de la prime. Les exploitations certifiées comptent ainsi une part plus élevée d'employés fixes que les exploitations comparables non certifiées, ces dernières engageant très souvent des journaliers qui ne bénéficient d'aucune protection sociale. 
    • La santé des producteurs est préservée grâce à l'utilisation de vêtements de protection et à l'existence de formations portant sur la manipulation sécurisée des produits chimiques.
    • La prime de développement permet d'investir régulièrement dans des écoles, des soins médicaux, l'aménagement de routes ou encore la construction de canalisations pour l'accès à l'eau potable. À travers ces investissements, le commerce équitable n'apporte pas seulement des avantages aux producteurs, aux travailleurs et à leurs familles : il peut donner un élan au développement de l'ensemble d'une région, profitant donc plus largement aux communautés locales.
  • Bénéfices environnementaux
    • On observe, dans les fermes et plantations certifiées, une gestion plus efficace des ressources naturelles – celle-ci est encouragée par les cahiers des charges – et une meilleure adaptation au changement climatique.
    • Les OGM sont strictement prohibés. Les producteurs sont encouragés à réduire progressivement tous les intrants chimiques et à introduire des méthodes respectant les équilibres naturels. Une liste encadre l’utilisation de produits dangereux, allant de l’interdiction pure et simple à des manipulations et quantités autorisées uniquement sous certaines conditions.
    • La conversion à l'agriculture biologique est favorisée par des prix ou prime spécifiques et supérieurs (l’un ou l’autre selon les filières) et des formations aux pratiques agricoles durables. 

Le commerce équitable contribue donc à atteindre plusieurs Objectifs de Développement Durable (ODD) adoptés par les Nations uniesqui visent notamment à mettre fin à la pauvreté, à combattre les inégalités et les injustices, à protéger l'environnement et à lutter contre le changement climatique.

2. Les évaluations du commerce équitable en pratique : mesurer et analyser pour agir

Le rapport de suivi annuel de Fairtrade International

Tous les ans, ces données récoltées et analysées durant toute l’année par les enquêtes de terrain sont publiées dans un rapport, « Monitoring the Scope and Benefits of Fairtrade » : nombre de coopératives et de membres, nombre d'employés travaillant dans les plantations, répartition mondiale et taille des organisations certifiées, statistiques de ventes par produit, répartition hommes-femmes, montant et utilisation des primes de développement, etc. Chaque rapport est disponible en ligne.

Mesurer, analyser, partager, progresser

Le mouvement Fairtrade/Max Havelaar a mis en place un système inédit de suivi du déploiement de la certification auprès des 1,66 million de producteurs et travailleurs répartis dans 75 pays et 3 continents. Sur la base d’enquêtes de terrain régulières au sein des 1 599 organisations certifiées, il permet un accès rapide aux informations de base des coopératives de producteurs et plantations. Celles-ci sont rendues publiques chaque année au travers du rapport de suivi annuel de Fairtrade International (voir encadré ci-contre).

Ces informations sont fondamentales pour rendre compte de l’échelle et volume d’intervention du mouvement et pour élaborer en conséquence les études d’impact.

Fairtrade International et l'ONG Max Havelaar France commandent chaque année deux à trois évaluations. Celles-ci sont menées par des instituts de recherche ou des consultants indépendants possédant une expertise dans la recherche sur les effets de la certification. Des partenariats sont également noués avec des instituts pour soutenir la recherche sur le commerce équitable.

Ces études d'impact ont deux fonctions : 

  1. Elles donnent un aperçu détaillé de la portée et des bénéfices du mouvement Fairtrade/Max Havelaar, pour les producteurs comme pour les travailleurs des grandes plantations.
  2. Elles identifient les domaines où il est possible de progresser et formulent des recommandations qui, en contribuant à l'évolution des cahiers des charges et de l'aide apportée aux producteurs, permettent d'accroître sans cesse l'efficacité du modèle

Les conclusions des travaux de recherche et des évaluations sont partagées avec toutes les parties prenantes et servent de point de départ pour des discussions et actions ultérieures. Elles sont également publiées et en accès libre à tous pour améliorer les connaissances sur le commerce équitable et mieux faire comprendre ses enjeux. 

À travers cette transparence, il s'agit aussi, pour le mouvement Fairtrade/Max Havelaar, d'affirmer ouvertement sa responsabilité et de s'engager à travailler sur les points à améliorer. La mise en place d’un système de mesure crédible, indépendant et transparent de son impact est par ailleurs une obligation pour le mouvement Fairtrade/Max Havelaar, en tant que membre de l’ISEAL, l’association internationale des certifications durables.

Nos évaluations récentes

  • Filières café et cacao

    Le bureau d’études BASIC a réalisé deux études sur les filières mondiales de café et de cacao. Celles-ci montrent que, sans commerce équitable, les inégalités dans la répartition des richesses entre producteurs et industriels ne cessent de s'accentuer, au détriment des premiers. De plus, le recours aux intrants chimiques, la déforestation, la pauvreté, et autres coûts « cachés » pèsent sur les communautés et l'environnement, mais aussi sur les États, diminuant de fait les possibilités d'investissements publics.

    Le commerce équitable apporte des réponses efficaces à ces problèmes, avec des résultats variables selon les contextes. Il doit cependant s'accompagner de changements structurels à long terme pour assurer la durabilité de ces filières menacées, à travers par exemple le développement de programmes d'envergure sur l'agroforesterie.

    Café : la success story qui cache la crise, Basic, 2018.

    La face cachée du chocolat, Basic, 2016.

  • Producteurs de riz en Inde

    Dans le cadre d’une étude comparative entre des producteurs conventionnels et des producteurs certifiés Fairtrade/Max Havelaar, menée durant sept semaines dans le nord de l’Inde, l’association I FEED GOOD a démontré un impact positif significatif du commerce équitable sur la rémunération des producteurs, leurs pratiques durables de production, leur pouvoir de négociation et leur accès à des services de base (scolarisation, eau).

    L’étude souligne également les progrès qui peuvent être faits dans d’autres domaines, comme l’égalité entre les femmes et les hommes.

    L’impact du commerce équitable sur les producteurs de riz en Inde, I FEED GOOD, 2017.

  • Producteurs de café

    Une étude comparative réalisée en Indonésie, Mexique, Pérou et Tanzanie, par le National Ressources Institute de l’Université de Greenwich, a démontré un impact positif du commerce équitable sur les revenus des producteurs certifiés, sur leurs capacités organisationnelles en coopératives et sur l’accès à de nombreux services (crédit, assurance, éducation…) grâce à la prime de développement.

    Les chercheurs ont également formulé plusieurs recommandations, comme le soutien des petits producteurs auprès des pouvoirs publics nationaux ou encore l'aide au développement de pratiques agricoles plus durables.

    Évaluation de l’impact du commerce équitable Fairtrade/Max Havelaar pour les petits producteurs et leurs organisations en Indonésie, Mexique, Pérou et Tanzanie, NRI University of Greenwich, 2017.

    Etude d'impact impact du commerce équitable Fairtrade/Max Havelaar auprès de producteur.rice.s de café dans le nord du Pérou, Max Havelaar France et le Réseau latino-américain et caribéen de commerce équitable des petits producteurs et travailleurs, 2018

3. Fairtrade/Max Havelaar s'engage à aller encore plus loin

Grâce aux évaluations, le modèle de commerce équitable Fairtrade/Max Havelaar est en évolution permanente. Sa réussite, qui dépend de plusieurs facteurs (contexte régional, produits disponibles, chaînes d'approvisionnement...), s'inscrit souvent sur le long terme.

Si, comme le montrent les études, des progrès considérables ont été accomplis au cours des vingt-cinq dernières années, les objectifs d'équité dans le commerce mondial, de respect des droits fondamentaux des êtres humains et de préservation de l'environnement sont loin d'être atteints.

Le mouvement Fairtrade/Max Havelaar doit donc améliorer son modèle afin d’augmenter son impact pour répondre aux grands défis de notre siècle : augmentation du nombre de travailleurs agricoles bénéficiant des conditions du commerce équitable, développement de la capacité de résistance des communautés aux effets du changement climatique, lutte contre les déséquilibres de pouvoir au sein des chaînes d’approvisionnement, ou encore définition de revenus et salaires « vitaux » à atteindre pour assurer les besoins fondamentaux des producteurs, travailleurs et de leurs familles. Pour faire face à ces enjeux, des stratégies ont d'ores et déjà été mises en place. Le mouvement Fairtrade/Max Havelaar s'inscrit plus que jamais dans une démarche de progrès.