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Environnement : les super-héros de l’agriculture à la rescousse

Tribune de Marike de Peña, Présidente de Fairtrade Internationnal publiée dans Huffingtonpost pour la Journée Mondiale de l'Environnement

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Nous avons tous notre super héros préféré. Il ne s’agit pas nécessairement de géants musclés comme dans le film "Batman vs Superman", à l'affiche partout dans le monde ces dernières semaines, y compris dans mon cinéma local en République dominicaine.

Pour les super héros, il existe d'autres façons de sauver le monde. Il y a les éco-guerriers, qui n’ont pas peur de se lier à des arbres ou de bloquer un pétrolier. Il y a les combattants pour la justice environnementale, avocats, militants et dirigeants communautaires qui luttent dans les coulisses. Il y a des célébrités telles que Leonardo DiCaprio, qui possède sa propre Fondation dédiée aux questions environnementales, et qui a déjà abordé avec passion le thème du changement climatique à l'ONU ou plus récemment dans son discours de remise des Oscars. Et bien sûr, il y a des personnes que nous connaissons, plus près de chez nous – ce peut être une amie qui a renoncé à manger de la viande, cultive ses propres légumes et recycle tout ce qu'elle peut.

Mais qu'en est-il des producteurs ? Pourraient-ils figurer dans votre liste de super-héros pour la planète ? Probablement pas. Dans certaines parties du monde, l'agriculture évoque des images de fermes industrielles aux énormes champs de monocultures, des tracteurs géants et des machines pulvérisant sans discernement des produits chimiques toxiques.

L'agriculture est souvent critiquée pour les dégâts qu'elle fait à notre terre fragile, et elle a sans aucun doute joué un rôle déterminant dans la destruction de l'environnement. L'agriculture intensive et industrielle a détruit les écosystèmes, pollué les sols et les sources d'eau, causé des sécheresses par le pompage des rivières et des lacs afin d’irriguer les cultures. Sans parler du changement climatique : l'élevage et les cultures agricoles représentent la deuxième cause d’émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Mais il existe une autre façon de faire de l'agriculture, qui peut à la fois nourrir le monde et protéger la planète. Les producteurs, au lieu d'être un problème, devraient être une grande partie de la solution.

500 millions de petites exploitations à travers le monde - dont ma propre coopérative de bananes - fournissent jusqu'à 80% de la nourriture consommée dans une grande partie du monde en développement. De nombreuses études ont montré que les petites exploitations agricoles travaillent de la manière la plus durable et respectueuse de l'environnement. Les Objectifs de développement durable des Nations unies reconnaissent le rôle central de l'agriculture dans l'avenir de notre planète. Par exemple, le deuxième objectif établit que : « Quand elles sont pratiquées correctement, l’agriculture, la sylviculture et la pêche peuvent produire des aliments pour tous et générer des revenus décents, tout en soutenant un développement centré sur les régions rurales et la protection de l’environnement. »

Ce sont ces mots : « quand elles sont pratiquées correctement » qui importent vraiment. Batailler pour la biodiversité et l'environnement est extrêmement important pour ma coopérative et les petits producteurs avec lesquels je travaille en République dominicaine. D'une part, les normes du commerce équitable nous obligent à protéger l'environnement à travers des règles strictes sur les pesticides, la conservation de l'eau, l’érosion des sols, les OGM, la biodiversité, la consommation d'énergie et la réduction de notre empreinte carbone. Mais d’un autre côté, c’est bien plus que la simple application des règles. Les gens se rendent également compte que cela entre dans une logique de bon sens social, économique et environnemental. Par exemple, nous encourageons les agriculteurs à planter des arbres fruitiers autour de leurs parcelles de bananiers, car cela protège la culture contre les vents et tempêtes, et fournit une multitude de fruits tropicaux destinés à l’alimentation. Ils font aussi pousser des haricots ou d’autres cultures pour s’alimenter et fixer le nitrate dans le sol, et profitent des abeilles pour faire du miel qu’ils vendent ensuite localement.

Un grand nombre de paysans abandonnent la terre - plus de la moitié de la population mondiale vit aujourd'hui dans les villes. C’est donc sur la prochaine génération de super-héros de l'agriculture que nous mettons l’accent. Dans ma coopérative de bananes, les jeunes sont impliqués à travers des formations et par l'éducation. À l'école, ils apprennent à produire des engrais organiques, et peuvent ensuite former eux-mêmes d’autres producteurs.

Bien sûr, il ne s’agit pas que des bananes. Au Sri Lanka, les producteurs de thé de la coopérative équitable SOFA travaillent sur la protection et la conservation des sols, la plantation d'arbres et la réduction de leur empreinte carbone. Ils utilisent une partie de leur prime de développement pour stimuler la biodiversité en distribuant des semences et des plantes à d'autres agriculteurs. Récemment, lors de la Conférence mondiale sur le cacao, j'ai appris comment les producteurs utilisent de vieilles cabosses pour faire de l'engrais organique.

Il faut du temps, des efforts et de la patience, qualités que nous n'associons pas forcément aux héros tout-terrain! Mais la somme des travaux que les petits exploitants et les agriculteurs familiaux font partout dans le monde pour protéger notre planète vulnérable est vraiment impressionnante. Ils ne portent pas de cape ni de slip par-dessus leurs collants, mais les petits producteurs méritent d'être au sommet de votre liste de super-héros environnementaux. Avec notre soutien, ils peuvent sauver le monde.