Font Size

Cpanel
Accueil > Chez les producteurs > Rendre l’agriculture plus attractive pour les jeunes générations

Rendre l’agriculture plus attractive pour les jeunes générations

Qui veut être agriculteur en 2017 ? En marge du Salon de l’Agriculture, cette question s’avère tout aussi pertinente pour les enfants des producteurs des pays en développement que pour ceux des agriculteurs français. Quels sont les enjeux pour les jeunes générations et quelles réponses apporte le commerce équitable ?

17 02 22 rendre l agriculture plus attractive pour les jeunes generations

 

Je ne veux pas devenir agricultrice, jamais !

Presque partout, c’est le même schéma qui se répète : les enfants d’agriculteurs partent en ville, voire à l’étranger, pour trouver un emploi. Et cette démarche est compréhensible à bien des égards. Dans le rapport Qui veut être agriculteur ? publié en 2014 par l’Institute of Development Studies, les auteurs interviewent une migrante de 19 ans à la recherche d’un emploi en Indonésie : « Je ne veux pas devenir agricultrice, jamais ! Je ne veux pas travailler en plein soleil, ma peau deviendrait plus foncée. Ma mère dit que je ne devrais pas travailler dans l’agriculture, les revenus sont trop bas pour permettre d’en vivre, il n’y a pas d’avenir dans ce secteur. Il vaut mieux chercher un travail en ville... »

Mais il arrive souvent que cette tendance mondiale à l’urbanisation des enfants d’agriculteurs ait pour seul effet de créer davantage de pauvreté urbaine. Non seulement les jeunes se retrouvent piégés dans un travail et dans des conditions tout aussi précaires, sinon pires, que s’ils étaient restés agriculteurs, mais ils se retrouvent isolés, loin de leur famille et de leur communauté.

Le mouvement Fairtrade/Max Havelaar est bien conscient de ce problème. Les communautés productrices de cacao en Afrique de l’Ouest ont été particulièrement affectées par l’exode des jeunes vers les villes ou l’étranger. L’âge moyen d’un producteur de cacao au Ghana est de 55 ans, une véritable bombe à retardement compte tenu de l’appétit insatiable du monde entier pour le chocolat.

 

Le commerce équitable, une incitation à rester dans l’agriculture

A la question « Est-ce que le commerce équitable Fairtrade/Max Havelaar aide réellement votre communauté, et si oui, comment ? », Lorenzo, producteur au sein de la coopérative de quinoa Coopain Cabana au Pérou, répond que l’un des principaux bénéfices est d’avoir donné à la population locale, et aux jeunes en particulier, l’incitation nécessaire pour rester agriculteurs plutôt que de partir vivre en ville. Le président de la coopérative n’est d’ailleurs autre que son fils, Rufo, élu par les membres en 2013.

Après avoir grandi dans la ferme de Lorenzo, Rufo est parti faire des études de génie agricole à l’université avant de revenir auprès de sa communauté une fois ses études terminées. Plutôt que d’aller vivre en ville, il a choisi de revenir cultiver les terres de sa région, comme ses ancêtres l’ont fait pendant des générations, parce que grâce au revenu minimum garanti du commerce équitable, l’agriculture rapporte même durant les mauvaises années.

Les enfants de cette communauté rurale, qui n’ont pas tous l’opportunité d’accéder à des fonctions administratives comme Rufo, voient tout de même la pénibilité physique du travail agricole diminuer avec l'accès aux nouvelles technologies, en partie grâce au commerce équitable Fairtrade/Max Havelaar. En vendant sa production à la marque Quinola Mothergrain, la coopérative a en effet pu utiliser l’argent de la prime de développement pour acheter deux tracteurs (voir video ci-dessous). Suite à cela, les semailles, une tâche qui nécessitait auparavant deux jours de travail manuel intense avec le bœuf et la charrue, sont devenues une tâche mécanisée qui ne dure que deux heures.

 

Des revenus attractifs grâce au prix minimum garanti

C’est peut-être le fait que les jeunes restent travailler à la coopérative qui contribue à alimenter ce nouvel esprit d’innovation et d’entreprise qui caractérise désormais Coopain Cabana. Elmer, trente ans, est ingénieur en agroalimentaire à la coopérative. 17 02 22 rendre l agriculture plus attractive pour les jeunes generations2Il explique les démarches entreprises pour obtenir différentes certifications. Leur quinoa est déjà certifié bio et équitable, ils font à présent le nécessaire pour qu’il soit reconnu kasher et halal, en plus d’autres certifications qui leur permettront d’exporter leur production sur des marchés étrangers.

Il est clair que les plus jeunes membres de la coopérative ont conscience que les standards de qualité et d’éthique de plus en plus fréquemment exigés par les consommateurs sont pour eux une excellente opportunité d’augmenter leur part de marché et d’accéder à de nouveaux débouchés. Mais malgré l’apport de nouvelles idées par la jeune génération d'agriculteurs, rien de tout cela n'aurait d'importance si les revenus tirés de la production de quinoa ne justifiaient pas le travail acharné.

En réalité, dans cette région du monde, l’agriculture a toujours été une profession attractive pour les jeunes pendant les années fastes, à condition qu’ils ne soient pas découragés par l’effort physique et les longues heures de travail. Ce sont toujours les années les plus faibles qui ont posé problème, années pendant lesquelles les coûts fixes de l’activité agricole absorbent la majorité des revenus, laissant aux producteurs à peine plus que le minimum vital pour subsister. En assurant un niveau de revenu minimum permettant d’avoir une qualité de vie convenable y compris les années de mauvaise récolte, et en permettant l’accès à de nouvelles connaissances et techniques agricoles, le commerce équitable Fairtrade/Max Havelaar contribue à ce que l’agriculture reste un choix de carrière satisfaisant pour la génération à venir.

 

Une réelle différence en terme de revenus

Comme l'explique James Livingston Wallace, fondateur et directeur de Quinola Mothergrain, le fait d'être certifié Fairtrade/Max Havelaar a fait une réelle différence en termes de revenus au sein de la communauté des producteurs de Coopain Cabana : « Le prix minimum garanti signifie que les agriculteurs peuvent commencer l’activité avec une certaine confiance dans les revenus minimaux qu'ils peuvent générer – dès lors que les conditions climatiques le permettent. Par exemple, cette année, nous avons payé 2600$ la tonne et 260$/tonne de prime de développement, alors que le prix de marché du quinoa biologique se situait entre 2000$ et 2400$. »

Cet article est inspiré du blog de http://www.fairtrade.org.uk/ publié en novembre 2016.

Pour en savoir plus :
Lire l'article : Donner les clés de l’agriculture aux jeunes générations
Lire l'article : Bio et équitable, des approches complémentaires
Lire l'article : Permettre à ceux qui nourrissent le monde de nourrir leur famille