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Au Liban, bâtir des ponts grâce au commerce équitable

Charbel El Fakhri est président de Fairtrade Africa et producteur de vin au Liban. Il partage son expérience à l’occasion de la 10e Conférence Internationale des villes de commerce équitable, qui s’est tenue récemment à Baskinta au Liban.

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Construire des ponts plutôt que des murs

Comme le disait Isaac Newton: « Les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts ». Ici, dans ma coopérative de vin « Coteaux de Heliopolis », et plus largement dans le mouvement du commerce équitable au Liban, nous faisons écho à ce sentiment. Avec 18 religions et cultes différents au Liban, et plus d'un million de réfugiés fuyant les pays voisins, nous ne voulons pas construire des murs, mais plutôt travailler ensemble pour faire face à nos défis communs.

Voilà pourquoi nous étions si fiers d'accueillir la Conférence Internationale des villes de commerce équitable au Liban le week-end dernier, sous le thème « Bâtir des ponts grâce au commerce équitable ». Nous croyons que nous pouvons ouvrir la voie à la construction de passerelles entre les peuples et les pays, et que le commerce équitable a un rôle essentiel à jouer pour cela.

Nous voulons construire des liens entre le nord et le sud, réduire les distances entre nous et faciliter les relations. Créer des ponts qui agissent comme des balises, en encourageant les autres à participer à la construction d'un monde meilleur, et en permettant aux gens d’améliorer leurs moyens de subsistance et leurs conditions de vie.

 

Faire face à la crise des réfugiés et aux défis de l’agriculture

Le Liban occupe une place stratégique, à la fois géographiquement entre le nord et le sud, mais aussi culturellement au carrefour des cultures occidentales et orientales. C’est peut-être cette position unique qui a aidé le Liban à devenir l'un des rares pays où les produits du commerce équitable sont à la fois cultivés et consommés : un véritable commerce Sud-Sud. Désormais, nous renforçons le mouvement en établissant des villes de commerce équitable – pour l’instant au nombre de neuf, elles sont en pleine croissance dans notre petit pays.

Baskinta, ville hôte pour la conférence de cette année, est un exemple frappant de la puissance de Fairtrade. Niché en hauteur dans les montagnes libanaises, le village a beaucoup lutté ces dernières années en raison de la crise des réfugiés, des prix bas pour les produits et peu d'opportunités de préserver une agriculture viable pour les générations à venir. Mais aujourd’hui, les habitants s’unissent pour faire face à leurs défis sociaux et environnementaux. Les producteurs de fruits et légumes de la communauté s’engagent sur la voie du commerce équitable et obtiennent peu à peu la certification Fairtrade.

En partenariat avec l'association locale 'Baskinta Baytouna', les villageois abordent les questions environnementales, avec par exemple la mise en œuvre d'un programme de recyclage local. L'argent supplémentaire généré par les ventes du commerce équitable a contribué à l’amélioration des conditions de vie, à l'intégration des réfugiés syriens, à équilibrer les relations entre hommes et femmes pour les rendre plus équitables, et à protéger l’environnement grâce à une meilleure utilisation des rares ressources d’eau, pour ne citer que quelques exemples. Beaucoup d'autres villages libanais suivent la même voie, créant davantage de sensibilisation à l’égard du commerce équitable.

 

Partout dans le monde, des villes ambassadrices du commerce équitable

Ce fut un privilège de présenter quelques-uns de ces projets à des représentants de villes de commerce équitable à travers le monde au cours de la conférence, et d'avoir ainsi l'occasion de partager nos expériences et nos réalisations. Du Brésil au Royaume-Uni, de l’Inde au Ghana, des représentants de 18 pays ont expliqué comment ils ont mis en œuvre les principes du commerce équitable dans leurs villes d'origine.

J'ai été particulièrement inspiré en entendant parler du concept des universités Fairtrade, qui font un excellent travail de sensibilisation sur le commerce équitable auprès des jeunes. L’atelier sur le thème « réduire la distance entre les consommateurs et les producteurs », piloté par Philippe Adaime de Fairtrade Liban, fut également très intéressant,  soulignant les défis que les producteurs doivent relever et comment les commerçants et les consommateurs peuvent apporter des solutions.

A la fin de la conférence, nous étions tous réunis autour d'un bon verre de vin libanais certifié Fairtrade. Nous nous sommes rencontrés en tant que participants anonymes et nous nous sommes quittés comme des amis.

 

Créer un mouvement durable pour le changement

Lorsqu’un un maçon débute la construction d'un pont, chaque pierre doit être bien taillée et bien placée pour que le pont puisse solidement tenir. Je vois le Liban comme une clé de voûte, ouvrant la voie aux villes des pays producteurs pour mettre en œuvre les principes du commerce équitable, aussi bien dans leurs exploitations que dans la société. Après avoir rencontré tant d'autres agriculteurs et militants Fairtrade venus des quatre coins du monde, je suis convaincu que nous pouvons chacun rassembler nos pierres, combler les écarts entre nos pays et nos cultures, et créer un mouvement durable pour le changement.

Les Fairtrade Towns ont été lancées en 2006 pour développer l’engagement des collectivités territoriales en faveur du commerce équitable. En France, c’est la campagne Territoires de commerce équitable, dont Max Havelaar France est partenaire, qui anime cette mobilisation.