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En route vers une agriculture durable

L’association Max Havelaar France a organisé la conférence « Farming For change », qui s’est tenue le mardi 6 septembre au sein du Forum mondial Convergences. Chantal Le Mouël, directrice de recherche à l’INRA, Guilhem Soutou, responsable du programme alimentation durable de la Fondation Carasso, et Marike de Peña, présidente de Fairtrade International, ont dressé le constat du système agroalimentaire actuel et présenté des alternatives qui ont fait leur preuve pour parvenir à une agriculture et une alimentation durables.

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Le système actuel est voué à l’échec

Les intervenants ont tiré les mêmes conclusions du bilan du système agro-alimentaire actuel : nous avons avancé dans la mauvaise direction. « Ce système a été pensé de manière segmentée, il faut désormais prendre en compte l’agriculture dans sa globalité pour remédier à cette situation alarmante, » a insisté Guilhem Soutou de la Fondation Carasso.

Depuis 1996, le constat est le même : les rendements de l’agriculture intensive stagnent et parfois décroissent en raison des risques climatiques ou des aléas dus à l’instabilité du marché. L’agriculture intensive, qui souvent fait appel à l’utilisation d’intrants chimiques et d’organismes génétiquement modifiés, entraîne une pollution sans précédent et une forte dégradation des sols. Le rapport « From uniformity to diversity » de l’IPES Food précise qu’actuellement 15 millions d’hectares de terres sont dégradés sur notre planète. Les dégâts concernent aussi les personnes : sur 7 milliards d’êtres humains, plus de 5 milliards ont des problèmes de santé liés à l’alimentation, souffrant de malnutrition, de carences ou d’obésité.

« Nous assistons à la spécialisation des régions, des cultures, ce système n’est pas viable : il n’assure ni la sécurité alimentaire, ni la protection de la planète ; il augmente la malnutrition, la course au rendement et la dégradation des ressources », indique Chantal le Mouël, directrice de recherche à l’INRA . Elle se base sur le scénario Land use driven by metropolization de l’étude Agrimonde-Terra sur l’usage des terres et la sécurité alimentaire mondiale d’ici 2050, et c’est clairement le scénario vers lequel nous nous dirigeons si les tendances actuelles restent de mise.

Choisir un modèle agricole, c’est choisir un modèle de société

Bien que le bilan de l’agriculture intensive soit alarmant, des initiatives existent et changer de modèle agricole n’est pas voué à l’échec. « Nous savons comment parvenir à une agriculture durable, permettant de nourrir l’ensemble des habitants de la planète. Une cohérence entre politiques agricole, alimentaire et économique est indispensable pour la durabilité, » a insisté Guilhem Soutou.

Il a également mis en avant des alternatives qui ont fait leurs preuves. Ainsi, l’agro-écologie est un modèle qui contribue à la protection de l’environnement et à améliorer l’efficacité de l’utilisation des ressources, notamment grâce aux systèmes d’optimisation et d’économie de l’eau.

Selon Guilhem Soutou, il est par ailleurs essentiel de se rapprocher de l’échelle territoriale : les circuits courts se développent, et certaines épiceries solidaires permettent aux consommateurs à bas revenus d’acheter les produits d’agriculteurs locaux en situation de précarité. En France, des collectivités ont déjà enclenché le pas vers un avenir durable : par exemple, le projet de la Biovallée dans la Drôme a pour vocation de parvenir à instaurer un véritable éco-territoire, favorisant le développement économique et la valorisation des ressources de la région.

Commerce équitable : la durabilité commence avec le producteur

« Pour atteindre une durabilité qui soit économique, sociale, et environnementale, il faut accentuer le changement de nos modes de consommation et de production. Une agriculture durable est possible, mais cela implique une autre forme de régulation », telle est la vision de Marike de Peña, présidente de Fairtrade International et directrice d’une coopérative de producteurs de bananes certifiée Fairtrade en République dominicaine.

Selon Marike de Peña, l’agriculture durable doit s’accompagner d’une véritable lutte contre la pauvreté, afin d’éradiquer la faim dans le monde de manière durable, tout en contribuant à la lutte contre le changement climatique. « 500 millions de petits agriculteurs produisent 70% de ce que nous consommons », a-t-elle rappelé. Pour cela, il faut que la concentration de pouvoir au sein des chaînes d’approvisionnement - actuellement dans les mains de quelques acteurs sur les marchés internationaux - soit rééquilibrée au profit des producteurs. « Le mouvement Fairtrade a créé un marché différent, avec des règles différentes. C’est la  preuve qu’un autre modèle de commerce est possible », a insisté Marike de Peña.

Le commerce équitable apporte de vraies solutions aux inégalités créées par le système agro-alimentaire actuel. Parmi elles, l’assurance pour le producteur de voir son travail rémunéré à un meilleur prix qui pourrait assurer aussi bien les coûts de production que les coûts liés à la protection de l’environnement. Marike de Peña également rappelé qu’à long terme, les nouvelles générations d’agriculteurs ne verront le jour que si leur activité est lucrative. « La durabilité commence avec le producteur agricole, et avec un prix juste lui permettant d’investir dans une agriculture durable, » a-t-elle conclut.